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Comment les universités peuvent se financer via le fundraising


Le fundraising, c’est-à-dire la collecte de fonds auprès de donateurs individuels ou institutionnels, constitue depuis longtemps une ressource indispensable pour les universités en Amérique du Nord. L’Europe, et la France en particulier, adoptent petit à petit cette mode. Responsables d’écoles de commerce, d’ingénieurs, mais aussi d’universités parisiennes, sont en quête d’informations et de récits d’expériences, comme à cette réunion organisée par le cabinet d’origine américaine Brakeley, conseil en fundraising, le 13 juillet près des Champs-Elysées à Paris



Au programme, un discours de la méthode appuyé sur l’exemple de l’Université catholique de Louvain-La-Neuve (UCL) en Belgique. Lorsqu’en 1996 l’idée d’une collecte de fonds a germé, cette université n’avait aucune expérience en la matière. Alors qu’elle souhaitait construire un vaste complexe de salles de spectacle et de congrès, l’UCL s’intéressa par hasard au fundraising. « Le projet avait obtenu l’accord de principe des autorités de l’université », a retracé le recteur honoraire Marcel Crochet, qui a alors supervisé les opérations, « mais seulement si nous trouvions 2,5 millions d’euros pour le financer. Nous ne savions pas vraiment comment nous y prendre et nous avons découvert le fundraising par l’intermédiaire d’anciens étudiants. »
Dès lors, la machine s’est mise en marche : une étude de faisabilité a été réalisée avec l’aide du cabinet Brakeley. L’enquête auprès des anciens a révélé que ceux-ci étaient prêts à aider financièrement l’université, même si la construction d’un centre de congrès ne les enthousiasmait pas particulièrement. « Il n’y avait pas de passion pour les briques », selon Marcel Crochet. L’équipe de levée de fonds a dû alors remodeler ses objectifs.
Il s’agissait ensuite de définir un programme, de fédérer les responsables de l’université autour du projet, puis de mettre en place une équipe dédiée et de trouver des ambassadeurs extérieurs. « Nous n’avons pas eu le répondant que nous souhaitions au niveau du conseil d’administration. Par contre, deux grands patrons belges ont accepté de nous soutenir. Nous avons alors créé une fondation pour centraliser nos démarches », a décrit Marcel Crochet. «Entre-temps, notre objectif était passé de 2,5 millions d’euros à 25 millions ! On nous avait conseillé de faire preuve d’ambition».

L’art et la manière de récolter des fonds

La première année a été consacrée à la définition du projet, au ciblage des donateurs potentiels; bref, à la préparation avant de lancer l’offensive. Cette année de démarrage a été la plus dure puisqu’il fallait engager des fonds avant d’en avoir récolté. Sachant que le coût de l’organisation d’une campagne oscille entre 10 et 20% des fonds finalement récoltés, on mesure la prise de risque financière. En septembre 1999 toutefois, avant la lancée officielle de la campagne de l’UCL, la fondation Louvain avait déjà engrangé un don privé de 2,5 millions d’euros et un don d’entreprise de 2 millions d’euros.
Le lancement officiel donna lieu à des campagnes dans la presse, des conférences et d’autres évènements organisés par la fondation. En septembre 2000, le cap des 12 millions d’euros était atteint - 68% en provenance d’entreprises, 32% de donateurs privés. 42% des fonds étaient destinés à la création de chaires, 43% à la recherche et 5% finalement à l’Aula Magna, ce centre de congrès point de départ du projet. La construction a pu commencer. Elle s’est achevée en mai 2001 et a donné lieu à une visite des couples royaux de Belgique et de suède : une occasion rêvée pour inviter les mécènes. « Une fois créé le réseau d’amitié, il est très important de l’entretenir. Un mécène à qui on a oublié de répondre a arrêté ses dons du jour au lendemain », a confié Marcel Crochet.
Au final, la campagne a rapporté un peu moins de 19 millions d’euros. Forte de ce succès, la fondation Louvain a lancé en 2003 une deuxième campagne qui est aujourd’hui en voie d’achèvement.
Parmi les leçons de la première expérience, les responsables de la campagne retiennent qu’il est parfois plus coûteux voire peu rentable d’atteindre les petits donateurs. Toutefois leur implication est essentielle pour créer une dynamique d’ensemble. Afin d’associer tout le monde, grands et petits donateurs, l’équipe de la fondation Louvain a mis au point un ingénieux système de participation. Ainsi le coût d’une chaire sur trois ans, soit 300 000 euros, a été subdivisé en 1000 parts qui peuvent être achetées par des donateurs potentiels. Chacun sait donc exactement ce qu’il finance, quel que soit le montant de son don.

Ne pas confondre mécénat et sponsoring

Bien sûr, tout n’a pas été toujours aisé. « Il n’est pas évident de concilier les souhaits des facultés et les vœux des entreprises », a rapporté Marcel Crochet. « Nous avons également eu des critiques de la part de nos étudiants qui nous accusaient de vendre l’université. Le principal piège à éviter, c’est la confusion entre mécénat et sponsoring. Un mécène va soutenir une formation dont les métiers l’intéressent, un sponsor souhaite se mettre en avant et en tirer un bénéfice direct ».
Autre risque : que l’Etat se désengage financièrement d’établissements ayant recours au fundraising. Avant de se lancer, l’université d’Oxford s’est ainsi assurée d’une déclaration politique selon laquelle le recours à la levée de fonds ne changerait en aucun cas la participation étatique à son financement.
Actuellement en France, plusieurs établissements ont recours aux collectes de fonds. Notamment les écoles de commerce, comme l’Essec ou l’ESCP-EAP. Les établissements privés en général, n’ayant pas de contrainte tutélaire forte, se tournent assez facilement vers le fundraising. Pour les universités, la question est plus sensible. Une telle démarche nécessite une adhésion à plusieurs niveaux et une certaine pédagogie à l’égard des enseignants et des étudiants, afin d’éviter une levée de bouclier. « Ca va venir », a estimé Arnaud Marcilhacy, du cabinet Brakeley. « Les financements publics n’augmenteront pas de manière spectaculaire et les universités manquent d’argent pour conserver leur dynamisme ». Une chose est sûre : certaines universités y songent et ont écouté avec intérêt le récit du représentant de l’UCL.


David Allais
23/07/2006



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