Etudiants ingénieurs: des garçons favorisés et optimistes


L'Observatoire national de la vie étudiante (OVE) s'est penché sur les élèves d'écoles d'ingénieurs, plus de 100 000 en 2006-2007, année de l'enquête dont les conclusions viennent d'être rendues (1), après les réponses de 9 400 d'entre eux. Il sont répartis entre 224 écoles, dont 117 dépendant du ministère de l'Education nationale, 46 d'un autre ministère, 61 étant privées.



Elèves de Telecom ParisTech
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Première caractéristique de ces grandes écoles: "même si les effectifs féminins ont augmenté de plus de 50% lors des 15 dernières années, la population des écoles d'ingénieurs reste fortement masculine", à hauteur de 73%, contre 41,5% à l'université (hors IUT), observe l'OVE. Toutefois, les filles sont majoritaires (à 61,7%) dans une filière des écoles d'ingénieurs, agronomie et sciences de la vie. De façon générale, les enfants des classes sociales supérieures sont surreprésentés dans l'enseignement supérieur, et en particulier en écoles d'ingénieurs où la moitié des élèves (47,9%) sont issus de cette frange de la population, avec cependant des variations entre écoles privées (57%) et publiques (44,5%). Un peu plus d'un tiers des élèves ingénieurs déclarent que les revenus mensuels de leurs parents atteignent ou dépassent 4 000 euros, contre 23,7% des étudiants à l'université.

Pour un an en école d'ingénieurs, les frais d'inscription déclarés par les étudiants s'élèvent en moyenne à 3 621 euros pour les écoles privées et 605 euros pour les écoles publiques alors qu'ils sont de 374 euros à l'université. Les parents d'élèves ingénieurs sont 76,2% dans le cas d'une école privée et 60% dans celui d'une école publique à prendre en charge, totalement ou partiellement, ces frais. C'est le cas de 54,7% des parents d'étudiants à l'université.

Pour ce qui est de leur parcours scolaire antérieur, 80,5% des élèves des écoles d'ingénieurs sont titulaires d'un baccalauréat scientifique, soit le double des étudiants inscrits à l'université. Ils l'obtiennent plus fréquemment à 18 ans voire en avance. 79,6% des élèves d'écoles d'ingénieurs (83,7% en écoles publiques et 68,8% en écoles privées) ont obtenu une mention au baccalauréat contre 47,9% des étudiants à l’université. A noter, les filles présentent des caractéristiques scolaires encore plus favorables. Par ailleurs, l'entrée en école privée apparaît comme un second choix: les élèves y sont plus nombreux à avoir souhaité intégrer une autre formation sur concours, entretien ou dossier (36,7% contre 25,9% des élèves des écoles publiques) ou un établissement différent de celui où ils sont inscrits au moment de l'enquête (45,7% contre 32,1% des élèves des écoles publiques).

Aides des parents

Etudiants ingénieurs: des garçons favorisés et optimistes
Concernant leurs conditions de vie proprement dites, une très forte proportion des élèves ingénieurs, 84,7%, ne vivent plus au domicile parental. Ainsi, 44,9% sont en résidence collective et 39,8% en logement individuel (18,6% vivent seuls, 11,9% en colocation, 6,4% en couple, et 2,9% dans un autre type de logement). Les élèves en écoles privées vivent davantage chez leurs parents (30,7% contre 9,6% de ceux en écoles privées) mais la plupart de ces établissements sont situés à Paris ou en région parisienne. Les élèves ingénieurs exercent le plus souvent une activité rémunérée uniquement l'été (38,1%), 34,3% n'en pratiquent aucune, 25,1% travaillent au cours de l'année universitaire, soit en ayant une activité intégrée à leurs études (10,3%), soit un "job" (14,8%). Seulement 2,5% ont une activité très concurrente des études, contre 15,8% des étudiants à l'université.
Ce n'est pas l'emploi du temps en école d'ingénieurs, bien que chargé, qui l'explique. En effet, à niveau d'études égal, les élèves de ces écoles assistent en moyenne à plus d'heures d'enseignement par semaine que les étudiants d'université, mais passent moins de temps sur du travail personnel. Au total, ils consacrent 41 heures par semaine aux études, contre 35 heures pour les étudiants d'université, soit une différence relativement faible. En fait, les versements d'argent par les parents d'élèves ingénieurs suffisent à l’entretien de leur vie courante. Pour ceux ayant quitté le domicile parental, près des deux tiers de leurs ressources proviennent de l'aide des parents, 24,9% des aides de la collectivité (bourses sur critères sociaux, autres allocations d'études et allocations logement), tandis que l'exercice d'une activité rémunérée y contribue à hauteur de 11,5%. Pour les étudiants d'université, les revenus liés à l'exercice d'une activité rémunérée représentent 41,7% de leurs ressources et l'aide des parents 29,9% seulement.

Des pratiques culturelles décalées

Les sorties "culturelles" des élèves ingénieurs se rapprochent de celles des étudiants inscrits en sciences à l'université, avec des spectacles sportifs et des soirées en discothèque. Soit des pratiques similaires à celles des étudiants les moins dotés scolairement et d'origine sociale plus modeste (notamment ceux inscrits en IUT et STS). Les élèves ingénieurs sont aussi adeptes des soirées étudiantes: plus des deux tiers déclarent y être allés durant les 30 derniers jours, soit deux fois plus que les étudiants d'université pris dans leur ensemble. Les premiers déclarent plus fréquemment boire au moins une fois par semaine (45,6% contre 35,6% des étudiants à l'université). La surreprésentation des garçons parmi les élèves ingénieurs explique en partie cet écart.

Sur leurs perspectives d’avenir, les élèves en 4e année d'une école d'ingénieurs et au-delà sont plutôt optimistes. 89% trouvent un emploi moins de six mois après la fin de leurs études, et 82,3% des ingénieurs ayant une activité sont en CDI ou sont fonctionnaires, d'après une enquête du CNISF (Conseil national des ingénieurs et scientifiques de France) en 2006. Selon l'enquête Génération 2004 du Céreq, les élèves ingénieurs sont, avec ceux issus des écoles de commerce, les moins touchés par le chômage trois ans après la fin de leurs études (4% contre 14% pour l'ensemble des sortants). C'est pourquoi, interrogés sur leur recherche d'emploi, seulement 6,6% pensent que cela sera difficile ou plutôt difficile contre 36,1% pour les étudiants d'université. 55,1% souhaitent travailler dans le secteur privé en tant que salarié (52,1% pour les écoles publiques, 64,1% pour les écoles privées), et seuls 9,5% veulent faire carrière dans le public. A l'inverse, les étudiants d'université sont plus attirés par le secteur public (32,2%) que par le privé (23,4%).

NB :


23/06/2008
Alison Cartier
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Voir aussi : céreq, ingénieur
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