Qui a eu cette idée folle, un jour d’inventer les grandes écoles ?




Eleves de l'Ecole polytechnique
Eleves de l'Ecole polytechnique
« Personne ne doit être reçu dans les fortifications par faveur ou par recommandation. Il faut que le mérite seul et la capacité des gens leur attirent les emplois », jugeait Vauban, qui créa en 1692 un examen pour l’admission au Génie, une des trois armes savantes avec l’Artillerie et la Marine à avoir fait, les premières, l’objet de concours de recrutement. C’est ainsi dans l’institution militaire que se trouvent les prémices des grandes écoles à la française.

A l’issue d’une interrogation orale portant sur un manuel rédigé par l’examinateur, les candidats admis sont alors reçus dans des écoles dépendant de ces armes savantes, dont la plus connue est l’Ecole du Génie de Mézières, fondée en 1749. L’Ecole militaire est elle fondée à Paris en 1751, puis remplacée en 1776 par douze écoles militaires en province, où les boursiers du roi se préparent au métier d’officier des armées. Dès cette époque, il existe des établissements spécialisés pour la préparation des concours, pour la plupart des institutions privées.

Le critère du mérite

La Révolution française étend ce système de recrutement à l’ensemble des administrations techniques en suscitant la création de l’Ecole polytechnique en 1794. Napoléon lui donne un statut militaire en 1804. L’objectif de l’établissement est de perfectionner la formation, mais aussi de démocratiser le recrutement, l’autorisation de passer les examens n’étant jusqu’alors accordée qu’à ceux pouvant prouver la qualité de leur naissance ou une parenté avec un officier. Seul le critère du mérite compte désormais. Ainsi, le concours de l’Ecole polytechnique, organisé dans une vingtaine de villes, est-il ouvert à tous. Le nombre de places offertes est élevé, car les débouchés ont été étendus au génie maritime et aux grands corps civils, ponts et chaussées, mines. L’esprit de corps propre aux écoles apparaît.

Ce sont les professeurs de mathématiques des écoles centrales, ouvertes dans chaque département en 1795, qui préparent alors les candidats, puis les classes de mathématiques spéciales dans les lycées créés en 1802. Cette organisation n’est possible que grâce à l’existence d’une véritable corps enseignant de professeurs de mathématiques : l’agrégation de sciences est instituée en 1808, sa spécialisation en mathématiques et en sciences physiques en 1840. La fondation de l’Ecole normale supérieure, pour la formation de ces professeurs, remonte à 1794. Parmi les autres grands établissements qui apparaissent au XIXe siècle figurent l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr, l’Ecole navale et l’Ecole forestière. Le système des grandes écoles suscite alors l’admiration partout en Europe, et l’Ecole polytechnique comme l’Ecole centrale sont prises comme modèles jusqu’aux Etats-Unis.

Le système actuel remonte aux années 1960

ENS Ulm
ENS Ulm
Les grandes écoles de commerce, dont la première, l’Ecole supérieure de commerce de Paris (ESCP), ouvre en 1819, sont créées à l’initiative d’associations privées et des chambres de commerce et d’industrie (CCI). Leur préparation est assurée par l’enseignement privé, avant que le système de recrutement sur concours ne se mette en place au siècle suivant.

L’extension après 1945 du principe méritocratique à l’ensemble des carrières administratives et économiques supérieures, avec l’Ecole nationale d’administration (ENA) et le développement des écoles de commerce, aboutit à la mise en place dans les années 1960 du système des grandes écoles tel qu’il existe encore aujourd’hui. Les classes préparatoires scientifiques, littéraires et commerciales, étendues à l’ensemble du territoire national, constituent un passage obligé pour leurs concours.

NB :

A partir d’un travail de Bruno Belhoste, professeur d'histoire contemporaine à l'Université Paris X-Nanterre, et avec son aimable autorisation

31/10/2006
Alison Cartier
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