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L'admission dans les grandes écoles ne doit pas dépendre de la feuille d'impôts


Tribune Libre de Philippe Lafontaine, le directeur général du groupe ESC Pau



La position de la Conférence des Grandes Ecoles sur l’ouverture sociale des Grandes Ecoles entraîne une polémique. Au-delà des prises de position dogmatiques des uns ou des autres, de quoi s’agit-il ?

C’est l’occasion pour certains de stigmatiser encore les Grandes Ecoles en les rendant responsables de tous les maux ; alors que depuis des dizaines d’années elles assument avec succès, mais dans des conditions de plus en plus difficiles, leur mission au service de notre pays : préparer les futurs cadres des entreprises de la nation. Peut-être cela évite-t-il d’évoquer les problèmes essentiels ?

Ceci dit, cette position a l’intérêt d’entraîner un débat sur cette importante question et aussi de donner l’occasion aux Grandes Ecoles de préciser leur réalité quotidienne et de combattre deux préjugés.

Le premier : les Grandes Ecoles ne seraient par principe ouvertes qu’aux privilégiés. La réalité est toute autre. Les Grandes Ecoles accueillent pratiquement autant de boursiers que l’Université par exemple (23,5% pour l’Université, mais 18,5% au niveau master, et 21% pour les Grandes Ecoles). L’ESC Pau en accueille 30%.
Le second : « une fois intégré dans une Grande Ecole, on ne peut suivre les études que si l’on est riche ». La réalité est toute autre. Jamais, une Grande Ecole membre de la CGE n’a exclu pour raisons financières un étudiant qu’elle avait intégré par les concours. Une fois admis, tous les étudiants suivent leur scolarité. S’ils rencontrent des difficultés financières, toutes les écoles proposent différents dispositifs pour pallier cette situation pouvant aller jusqu’à l’octroi de bourses couvrant l’intégralité de la scolarité.

Pour autant cette situation est-elle satisfaisante ? Bien évidemment non.

La diversité culturelle et sociale est et sera de plus en plus au cœur des Grandes Ecoles et dans toutes ses dimensions notamment parce que la tradition des Grandes Ecoles est d’être toujours en phase avec la société. Pour des raisons citoyennes bien entendu, mais aussi parce que la mixité sociale est elle-même formatrice : on apprend d’autant mieux au sein de communautés éducatives diverses.

Alors que faire ?

Tout d’abord éliminer les deux fausses bonnes solutions. Les quotas, qui sont inadmissibles dans une république, et la disparition des concours d’entrée, l’excellence trouvant en partie sa source dans la sélection. L’élitisme républicain est une valeur fondamentale à l’ESC PAU et y renoncer serait catastrophique.

Pour ce qui relève des écoles elles-mêmes : il conviendrait de développer la diversité des voies d’accès, des instruments de sélection aux Grandes Ecoles et ainsi ne pas se focaliser sur les seules classes préparatoires, qui restent indispensables ; celles-ci ne peuvent accueillir tous les élèves du secondaire désireux d’intégrer une Grande Ecole et qui auraient les qualités pour y réaliser leur scolarité, que ce soit pour des raisons qui tiennent au profil (tous les candidats aux Grandes Ecoles ne correspondent pas aux exigences des classes préparatoires), ou pour des raisons quantitatives (les classes préparatoires ne peuvent accueillir tous ces candidats).

Les écoles doivent également traiter leurs étudiants de manière plus personnalisée en fonction de chaque profil ; en effet la diversité culturelle et sociale exige des traitements diversifiés.

Pour ce qui ne relève pas directement de la décision des écoles : pourquoi ne pas faire évoluer le concours ouvert aux candidats des classes préparatoires ? En complément des connaissances académiques, ils devraient mesurer d’autres compétences dès les épreuves écrites, notamment celles attendues ensuite par les écoles et les entreprises. Nous savons aujourd’hui que les entreprises chercheront des profils privilégiant la capacité d’innovation, l’ouverture sur le monde, l’aptitude à gérer le changement et à se remettre en cause en permanence, les dispositions à intégrer l’échelle globale, etc. Ce sont les écoles qui doivent ensemencer et développer ces qualités. Mais ce travail peut se révéler compliqué lorsque les candidats sont à l’opposé de ce profil. On pourrait compléter cette évolution par l’attribution de points supplémentaires, dans une limite raisonnable, en fonction du profil recherché par chaque école.

On constate que les solutions ne dépendent pas de l’action des seules Grandes Ecoles. Si l’on souhaite faire progresser la diversité sociale et culturelle dans les Grandes Ecoles il convient d’inviter l’ensemble des acteurs de la filière autour de la même table.

Enfin, on ne peut aborder la question de la diversité sociale et culturelle des Grandes Ecoles sans traiter la question de leur financement. La réussite et la survie des Grandes Ecoles de management françaises relèvent aujourd’hui du pur miracle si l’on considère à quel point elles manquent de moyens par rapport à leurs concurrentes étrangères.

Philippe LAFONTAINE

Directeur général Groupe ESC PAU


10 Janvier 2010

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Voir aussi : bourse, cge, grandes écoles


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